Cher.ère proche,
Je comprends tellement ce que tu vis. Je suis passée par là moi aussi.
À l’époque, je me questionnais beaucoup sur ce qui allait se passer après la thérapie :
Comment devais-je agir? Qu’est-ce qui allait changer?
Qui allais-je retrouver ? Reconnaîtrais-je la personne que j’aime?
J’avais tellement perdu confiance. Confiance en l’autre, bien sûr… mais confiance en moi aussi. Je me sentais perdue, confuse. Je me posais toutes sortes de questions :
Est-ce que je pouvais quand même prendre un verre à l’occasion?
Est-ce que je pouvais lui poser des questions sur ce qui s’est passé en thérapie?
Qu’est-ce que je fais s’il a une rechute?
Dans le fond, j’avais peur. C’est normal. Ça fait partie du processus d’adaptation et de changement.
Alors, à quoi peux-tu t’attendre quand la personne que tu aimes sort de thérapie?
D’abord, il est probable qu’elle prenne soin de son rétablissement. On lui aura suggéré de fréquenter des groupes d’entraide. Parfois la personne en choisit un, parfois plusieurs. Il se peut donc qu’elle privilégie ses réunions plutôt que des sorties entre amis, en famille ou en amoureux. Il est aussi possible que tu aies l’impression de ne pas encore être très impliquée dans sa nouvelle vie et que tu ressentes de la solitude, voire de la frustration, un sentiment d’abandon, d’incompréhension, de vide.
Souvent, on croit que lorsqu’une personne est allée en thérapie, tout va rentrer dans l’ordre et que la vie va reprendre un fil « normal ». On pense qu’elle reprendra toutes ses responsabilités tout de suite, qu’elle se fondera en excuses pour toutes les promesses brisées, les trahisons, les accidents, le chaos, etc. Mais il est important de savoir que la thérapie est un début.
Un début courageux… mais souvent fragile et imparfait.
La personne doit se reconstruire physiquement, mentalement, émotionnellement et spirituellement avant de pouvoir avoir toutes les conversations difficiles avec le recul nécessaire. Il se peut qu’elle dorme tout le temps, qu’il y ait excès ou absence de libido, qu’elle « transfert » sa dépendance dans le magasinage, le sucre, l’entraînement ou la caféine… Avec le programme, tous ces excès finissent par s’atténuer.
Aussi, sache que pour cette personne, prendre soin de son rétablissement et de son abstinence sont la première manière de faire amende honorable envers elle-même et envers nous aussi, les personnes qui l’aimons et qui avons souffert de la voir se détruire et disparaître petit à petit. Il est donc nécessaire de faire preuve de patience, regarder les progrès, ne pas demander la perfection.
La personne que tu aimes aura reçu des outils, semblables à ceux qu’on reçoit dans le programme d’aide à la famille. Elle aura appris à mieux se connaître, à découvrir l’humilité, l’estime de soi, le pardon, les 12 étapes… et surtout à se responsabiliser face à sa dépendance.
Malgré cela, tu peux t’attendre à des hauts et des bas.
Il peut y avoir de la fatigue, de l’irritabilité, ou certains changements dans sa façon d’être.
Il se peut même, parfois, que tu t’ennuies de la personne qu’elle était avant.
Il se peut aussi que tu te sentes rejetée lorsqu’elle se confie davantage à d’autres membres du programme qu’à toi. Ce n’est pas toujours facile à vivre.
La vérité, c’est que rien ne sera parfait. Et c’est correct ainsi.
Il peut être important de lui laisser l’espace nécessaire pour changer ses habitudes de vie. Et pour toi aussi, c’est important de faire la même chose. Ce sera certainement une phase d’adaptation qui demandera de l’indulgence et de la bienveillance envers soi-même et envers l’autre.
Tout ce que tu as appris ici pourra t’aider dans ton propre rétablissement : continuer à prendre soin de toi, autant dans les bons moments que dans les plus difficiles.
Tu pourrais ressentir plusieurs émotions. Parfois de la confusion, de la colère, même de la jalousie. Tu pourrais être habitée par un sentiment d’inutilité ou d’inadéquation que tu aurais tendance à refouler et qui pourrait transparaître dans tes propres comportements.
Tu risques de te sentir vivre des montagnes russes passant de l’espoir et la gratitude à la méfiance et à l’inquiétude extrême.
Souviens-toi que tu as aussi des blessures qui ont besoin de temps pour guérir. Et parfois, cela peut créer des conflits. Il se peut que le calme te soit insupportable.
Dans ces moments-là, essaie de t’accueillir avec douceur et bienveillance.
Rappelle-toi un slogan : « Ça commence par moi. » Respirer dans l’inconfort m’a sauvée plus d’une fois.
La peur de la rechute est normale, et elle ne disparaît pas tout de suite. Mais prendre soin de ton propre rétablissement peut t’aider à retrouver ta paix intérieure, peu importe ce qui arrive.
Continuer à parler, à partager dans les groupes, à demander de l’aide et à te rappeler que tu n’es pas seule peut faire toute la différence. Approcher une marraine à qui confier toutes tes frustrations et tes peurs plutôt que de les refouler ou te sentir coupable d’avoir eu un accès de colère envers ton proche.
Avec le temps, tu apprendras à vivre un jour à la fois.
À mettre des limites saines.
À retrouver confiance, tranquillement. Et surtout, à te retrouver toi-même.
Avec toute ma compréhension et ma solidarité,
La voix du PAFE