Histoire de Marc F.

Mon nom est Marc. Je suis un joueur compulsif en voie de rétablissement. Depuis le 4 juin 2006, j’ai repris ma vie en main. J’ai cessé de jouer. 

Ma dépendance maladive aux jeux a pris toute la place. Pendant plus de dix ans, ce sont les appareils de loterie vidéo qui contrôlaient tout : mes pensées, mes idées, mon intelligence, ma vie. 

Au tout début, j’ai connu le challenge de jouer, le plaisir, l’euphorie. Puis ce fut la descente vertigineuse et c’est devenu souffrant, très souffrant. J’ai l’impression d’avoir sombré en enfer. Jouer me détruisait jour après jour. Je ne vivais plus, j’existais tout au plus. J’étais complètement « gelé ». J’ai réalisé que j’étais en train de me tuer. J’avais franchi mes limites, j’étais au bord du précipice. J’avais des pensées noires, j’étais en colère. Je n’étais plus le même Marc doux et bon d’avant. J’avais touché le fond du baril. J’avais mal jusque dans la porine. Ça ne pouvait plus continuer ainsi. Je me suis dit : « Là Marc, il est temps de faire quelque chose, ça presse ! Aide-toi ! Fais un homme de toi, n’aie pas peur ! ». J’ai pris conscience que le jeu m’avait anéanti, qu’il avait gagné sur presque tous les fronts. Je ne lui ai pas laissé la chance de prendre ce qui me restait : la vie. J’ai alors misé sur moi. J’ai lâché prise. J’étais incapable de m’en sortir seul. 

À la première heure le matin, après une nuit d’insomnie, j’ai pris le taureau par cornes ! J’ai mis mon orgueil de côté et , sans même savoir s’il existait un programme pour les joueurs comme moi, j’ai téléphoné à la Maison Jean Lapointe, réputée pour s’occuper des alcooliques et des toxicomanes. Et j’ai appris qu’il existait un programme pour moi. J’ai fait le premier pas, celui qui coûte et effraie le plus. Et je peux dire qu’aujourd’hui que c’est le plus beau geste que j’aie fait de toute ma vie. J’avais rendez-vous le lendemain matin à la première heure. 

Je me suis rendu là, la peur au ventre. Je me suis dit : « Marc, tu ne peux pas reculer, c’est ta vie qui est en jeu, ne l’oublie pas. ». Christian, le directeur du programme, m’attendait, le sourire aux lèvres : « Tu es à la bonne place », m’a-t-on dit en guise d’accueil. Dès le début, il m’a mis en confiance et mes peurs se sont estompées. À la suite de notre rencontre, nous avons convenu que je suivrais une thérapie fermée pendant mes prochaines vacances. D’ici là, je m’engageais à suivre une préthérapie d’un mois. Ça n’a pas été facile : j’en ai pleuré un coup ! À plusieurs reprises, j’ai même failli tout lâcher. 

Lorsque je suis revenu pour ma thérapie fermée, je ne me sentais pas encore prêt. J’étais anxieux, j’avais honte, j’avais peur d’être jugé. J’arrivais du travail, j’étais en camisole ! Encore une fois, on a su trouver les bons mots. Puis, tout s’est enchaîné. J’ai compris que je n’étais pas seul, que d’autres personnes, venant de toutes les couches de la société, vivaient les mêmes problèmes. Avec eux, j’ai réappris à parler, à m’exprimer, à m’affirmer. 

J’ai passé cet été 2006 à me réparer, à redevenir quelqu’un. Je crois aussi que ma mère, que j’aimais et qui me manque beaucoup, m’a aidé spirituellement pendant la durée de la thérapie. 

Maintenant, j’ai un nouveau mode de vie et plein d’outils dans mon gros coffre. Tout est là. À moi de bien m’en servir, j’ai tout ce qu’il me faut. Je vais toujours aux meetings, ce sont mes vitamines. À ceux et celles qui vivent des problèmes de jeux, je leur dis, du plus profond de mon cœur : « N’ayez pas peur : avouez, reconnaissez que vous avez un problème. C’est le premier pas vers votre nouvelle vie riche et remplir de belles choses. ».

 

*Tiré du collectif Le jour où je suis entré à la Maison, publié aux Éditions Libre Expression en 2007

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